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Elize
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Bras croisés, il tapote frénétiquement sur sa peau avec son index et son majeur. Elle lève les yeux au ciel et se retourne vivement.

— Je refuse. Je refuse de te perdre, je veux rester avec toi. Jusqu’à la fin du monde, s’il le faut. Enfin, non, c’est toi mon monde.

Il grimace.

— Tu dis toujours des trucs comme ça. C’est usant, à force. Dans tous les cas, c’est mon choix.

Elle se passe les mains sur les tempes, soupirant de frustration. Se laissant tomber sur une chaise, elle prend sa tête dans ses mains. Le chien se déplace, la langue pendante.

— Et lui ? Tu vas le laisser aussi ?

— Tu sais, ça n’a rien à voir. C’est juste… Tout ça, s’écrit-il. Je n’en peux plus.

Il jette un oeil vers le placard. Deux yeux brillants se dissimulent dans la pénombre. Même en étant habitué, il ressent ce frisson d’angoisse dans la colonne vertébrale.

— C’est épuisant. Je ne peux rien faire dans ma vie, vous êtes toujours là, à mes côtés, à me parler, à me déconcentrer.

Elle se tourne vers lui, outrée. Il a à peine le temps de cligner des yeux qu’elle se trouve devant lui, un couteau dans la main. Il lève les sourcils, blasé.

— Et tu comptes faire quoi, avec ça ? Me planter ? Vas-y, essaye, j’ai hâte de voir ça.

Sa mâchoire tremble, elle hésite avant de lancer le couteau dans la fenêtre. Il passe à travers et disparaît dans les reflets du soleil. Un signe de tête, et elle comprend qu’elle doit s’asseoir sur le canapé. Le regard dans le placard s’intensifie. Quand est-ce qu’elle sortira ?

— Ce n’est pas que j’en ai envie, mais j’en ai besoin. Je ne peux plus faire comme si tout allait bien, à inviter des gens à la maison en essayant de leur expliquer, parce que de toute façon personne ne comprend jamais. J’y ai réfléchi, crois-moi.

Le chien s’approche de sa jambe, se frotte contre lui. Il lui gratouille la tête avant de continuer.

— Mais j’ai pas le choix. Tu ne me pardonneras peut-être jamais, et je m’en fous. Parce que de toute façon, tu n’existeras plus pour moi.

Voyant qu’elle commence à pleurer, il interpelle le chien.

— Houston, Calin.

Il ne bouge pas. Evidemment. Elle rit jaune, s’essuie les yeux et relève la tête.

— Et du coup, c’est quand ?

— Quand je le déciderai. Et si tu me prends la tête, ça va être plus rapide que prévu.

Un long silence s’installe. Il prend une planche à découper, sort un poivron rouge et le coupe en dés. Le chien vient renifler, humer les odeurs lorsqu’il les fait revenir dans une poêle. Une gamelle de croquettes plus tard, il s’allonge dans son panier et continue de fixer son maître.

L’enfant est maintenant sorti du placard, mais ne parle toujours pas. Il reste debout, pieds nus, simplement habillé d’un long t-shirt gris, ou blanc sale, ou peut-être noir. L’homme reprend sa cuisine, sort une boite achetée à la pharmacie le matin.

— Tu es calme seulement quand je te menace. Peut-être que si tu n’étais pas comme ça, je te garderai.

— Mensonge ! Je suis comme ça parce que tu le veux ! Je réponds à tes désirs, je suis là pour TOI !

Il se pince les lèvres et prend une grande inspiration. Le chien se lève et s’approche de lui. Il pointe du doigt la femme.

— Houston, Calin.

Le chien ne bouge pas. Il pointe du doigt l’enfant.

— Houston, Calin.

Il le regarde, cligne des yeux. Le golden retriever reste immobile. L’homme pose son regard sur la femme, puis l’enfant.

— Voilà. C’est ça le problème.

Il ouvre la boîte et sort une plaquette. En face, elle hurle, pleure, s’énerve. Elle tente de lui arracher le comprimé, en vain. Il glisse sur sa langue, il prend une gorgée d’eau et l’avale. Ils se fixent pendant de longues minutes. Le nom “Latuda”, écrit en gros sur la boîte en carton, semble clignoter dans toute la maison. Il continue de manger, sous le regard perçant des deux autres.

Petit à petit, leurs voix disparaissent. Les yeux de l’enfant s’éteignent, l’agitation de la femme diminue. Elle ressemble à un brouillard, désormais. L’enfant, à un nuage.
Un léger doute s’immisce dans l’esprit de l’homme. Il jette un oeil à la notice.

“Ce médicament est indiqué dans le traitement de la schizophrénie chez les adultes et les adolescents âgés de 13 ans et plus.”

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3 Comments

3 days
OK j'adore ! C'est super bien écrit ! J'ai utilisé l'idée de la schizophrénie pour ce défi aussi, mais je te jure que je ne me suis pas inspirée de toi ! Je te le dis, ne crois pas à un plagiat c'est une simple coincidence!
Sinon j'aime beaucoup, c'est vraiment prenant et on ne se doute pas de ce qui se passe en réalité. Le petit garçon surtout, rien que par sa présence, est oppressant et plonge vraiment dans l'ambiance, bravo !
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13 days
Excellent l'idée de la schizophrénie !
Je trouve ça dommage que l'enfant n'est aucun rôle, ça aurait pu rajouter du drama ou une dimension différente.
J'ai beaucoup aimé le fait que le chien permettent de "vérifier" si il hallucine ou non, ça rajoute du réel et du concret à la scène !
Le nom du médicament n'est pas forcément utile, mais la description du flacon, en revanche, c'est génial comme phrase de fin !
Bravo pour avoir relevé le défi !
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13 days
Merci beaucoup ! j'ai essayé d'être le plus réaliste possible (notamment avec le nom d'un vrai médicament, l'utilisation du chien d'assistance etc) donc ça fait plaisir ! L'enfant représente l'hallucination visuelle seulement, celle qui est oppressante.
Mais merci beaucoup ! c'était très amusant de faire ce défi
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