— Madame… Euh… C’est embarrassant, mais vous pouvez me dire où on est ?
La femme, aux cheveux blonds aussi plats et carrés que du carton, se retourna. Elle me pointa du doigt, avant de pousser un gloussement, puis continua son chemin.
D’accord…
Peut-être qu’elle n’avait juste pas trouvé le bon. La jeune femme suivit la foule de familles qui se dirigeait vers une rangée de barrières de sécurité. Mais d’ailleurs, d’où venaient tous ces gens ?
Elle resta interdite en apercevant un petit garçon apparaître de nulle part sur une plaque verte, dans le fond du bâtiment. Il poussa l’exact même gloussement que la femme plus tôt, et courut vers les portiques, excité. Elle préféra ne pas savoir comment c’était possible.
Dans un soupir, elle poussa le tourbillon à son tour et atterrit sur un chemin pavé, entouré de grands bâtiments. Si elle devait être honnête, c’était hideux. Tous les bâtiments étaient de taille et de couleur différentes, comme s’ils représentaient tous les pays du monde. Certains d’entre eux se chevauchaient les uns les autres étrangement, sans qu’elle ne comprenne comment c’était physiquement possible. Elle ne savait pas qui avait construit ce… Parc ? Mais clairement, il n’avait aucun goût. Même elle et ses faibles notions de construction, elle avait réussi à faire mieux dans…
Elle se retourna.
Ce n’était pas juste n’importe quels bâtiments hideux. C’était ses bâtiments hideux ! Elle les reconnaissait maintenant. Cette horrible clinique vétérinaire du thème Afrique qui prenait trois fois la place de toutes les autres, mélangés aux bâtiments du thème indien parce que ces connards d’employés avaient décidé qu’ils ne pouvaient pas atteindre l’atelier qu’elle avait planqué plus loin alors qu’il y avait un chemin parfaitement fonctionnel qui y allait !
Elle se trouvait dans Planet Zoo, dans le terrifiant ZOOSCOUUUURS !!! Depuis quand n’avait-elle pas ouvert ce jeu d’ailleurs ? Mais ce n’était pas important ! Elle se gifla, ordonnant à son cerveau hyperactif de se concentrer sur ce qui était important : elle était dans le zoo fictif d’un jeu vidéo ! Comment était-ce seulement possible ?
Elle devait faire demi-tour tout de suite et trouver un moyen de quitter cet horrible endroit. Et en même temps… Elle était curieuse. Elle prit une grande inspiration, hésita, puis ses pieds finirent par suivre la dense foule de visiteurs qui se précipitait à l’assaut du zoo.
Derrière la rangée de la mort de distributeurs de billets et de toilettes, se trouvait l’enclos pitoyable des girafes. Enfin… De ce qui restait des girafes, triste tas d’os au milieu d’un étang artificiel d’une couleur verdâtre qui tuerait à coup sûr n’importe quel moustique s’en approchant. L’enfant à côté de moi se mit à pleurer en pointant les créatures.
— Oh ça va, hein ! Tu sais combien ça coûte une girafe ? C’est pas de ma faute si elles sont toutes tellement consanguines qu’il y en a pas une qui tiens le coup ! Et puis ça va, il y en a deux cents autres ! Tiens, regarde.
Un pauvre gardien de zoo jeta une caisse en bois au-dessus du tas d’os. Une nouvelle girafe, à l’air traumatisée, commença à tourner sur elle-même entre les quatre morceaux de verre que composaient sa cage. Elle baissa la tête pour boire, puis s’écroula soudainement, son corps se décomposant à la vitesse de la lumière pour rejoindre le tas d’os sur le sol.
— Oui, bon, peut-être qu’il y a un problème avec l’enclos.
Elle se tourna vers le gamin. Il avait disparu. Typique. Une fois la barrière des trois mille visiteurs atteinte, certains visiteurs s’évaporaient magiquement. Elle n’avait même pas eu le temps de lui demander son nom.
Bon, tant pis pour les girafes. Elle continua son chemin et atterrit devant un deuxième enclos. Une petite antilope broutait paisiblement devant la vitre, le regard innocent. Ah, bah voilà ! Elle savait bien qu’elle n’avait pas tout raté.
Un gigantesque tigre bondit soudainement des fourrés, attrapa la pauvre bête à la gorge et l’emporta dans les buissons sous les cris choqués des visiteurs.
Ah.
Ah oui, c’est vrai. Elle avait eu envie d’enrichir l’enclos des fauves avec des proies vivantes. D’un côté, elle avait raison, les tigres s’amusaient bien. De l’autre… Peut-être que c’était un poil extrême.
En tout cas, ce fut ce qu’elle se dit jusqu’à tomber sur un éléphant coincé dans un enclos si petit qu’il ne pouvait se retourner, avec pour seul ami un pic de métal qui pointait définitivement vers un endroit où personne ne voulait le voir rentrer. Un panneau l’informa que l’éléphant portait le nom de ce professeur de mathématiques qu’elle haïssait au collège. Ah. Ceci expliquait cela. Elle n’allait pas pleurer pour l’animal, il l’avait mérité.
Elle fit trois pas supplémentaire, puis tomba à genoux. Hein ? Il se passait quoi là ? Elle leva la tête. Un panneau clignotait. « Le visiteur a terriblement faim. » Quoi ? Elle n’avait pas faim ? Elle avait faim ? Où pouvait-elle trouver à manger dans le coin ?
Elle suivit les visiteurs jusqu’à une grande place, noire de monde, où il était impossible de faire trois pas sans se faire rentrer dedans. Ouaip. Ça ressemblait bien à un endroit où trouver de la nourriture ça. Elle se glissa tant bien que mal entre les gens jusqu’à atteindre un stand de frites.
Le vendeur, les yeux exorbités et rouges comme un drogué sur le point de commettre un meurtre, lui adressa un geste de la main. Elle lui rendit, pas certaine du geste, avant de pointer le cône de frites.
Sous ses yeux ébahis, l’homme ouvrit le pot de sel, le vida à moitié dedans, avant d’ajouter une unique frite sur le dessus. Il tapa sur la caisse enregistreuse. Un joli « 450$ » apparut sous ses yeux.
— Combien ? Comment ça quatre cent cinquante balles ?
Le vendeur haussa les épaules. Dans un soupir, elle sortit toutes ses économies de sa poche et les posa sur la table, avant de récupérer sa frite… congelée. La frite était congelée ! Elle se retourna vers le vendeur, mais il s’occupait déjà d’arnaque une autre femme, qui lui tendit l’entièreté de son porte-monnaie avec un grand sourire.
Sa faim remonta d’un petit pourcent. Elle fit trois pas, et tomba à nouveau à genoux.
— Oh, la barbe hein ! J’ai plus une thune !
Elle se releva, et décida d’ignorer l’écriteau rouge qui clignotait au-dessus de sa tête. Grave erreur. Elle traversa la place pour rejoindre un autre chemin, avant que les premiers cris se fassent entendre. Oh… Oh non.
La foule passa en sens inverse, poursuivi par un ours polaire affamé, la bave aux lèvres. Il plongea sur le dos du petit garçon qu’elle avait vu plus tôt, et qui explosa dans un nuage de paillettes.
Oh non ! Pas les paillettes !
Paniquée, elle se joignit au flux de visiteurs. Malheureusement, sa faim, trop grande, ralentit brutalement son pas. Elle essaya de bouger les genoux, mais rien ne put le faire bouger. L’ours lui tomba sur le dos.
Elle sentit les crocs lui rentrer dans la nuque.
Et pouf !
Elle hurla alors qu’elle se réveillait à son bureau. Quel horrible cauchemar. Fort heureusement, cet horrible monstre ne la chasserait pas ici. Pas vrai ? Mais… Elle était où d’ailleurs ?
Un homme s’approcha d’elle, et lâcha une lettre sur son bureau.
Oh non…
« Je te transmets l’acte de propriété de cet endroit : Ferme Ta Gueule. Elle est située à Stardew Valley, sur la côte sud. »
Pitié, qu’on la renvoie au zoo ! Tout sauf planter des putains de panais !