J’ai toujours pensé que je finirai ma vie avec toi. Je pensais que tu étais l’homme de ma vie. Je pensais que tes sentiments étaient sincères. Je pensais que pour toi, je pourrais tuer. Finalement, c’est pour moi que je tuerais.
Le sang bouillonne dans mes veines. J’y croyais. J’y croyais vraiment. Je chute de très haut, tellement haut que je n’arrive pas à pleurer. Les larmes me brûlent les yeux, mais ne coulent pas. Elles ne couleront pas pour lui. Jamais.
Je passe les mains sur mon visage, tente d’éclaircir mes pensées. Ma main agrippe avec force l’arme dans mon dos. Je prends une profonde inspiration, et pousse la porte de sa chambre.
Il est là, assis sur le lit, plongé dans un livre. En m’entendant entrer, il lève la tête. Son expression s’illumine d’un sourire à ma vue. Il y a à peine une heure, mon cœur aurait palpité. Maintenant, je réalise à quel point j’ai été idiote d’y croire.
— Bonjour, Eliya.
Il se redresse et me rejoint rapidement. Il glisse sa main dans mes cheveux, l’air heureux. Sincèrement heureux. N’importe qui aurait cru à son amour.
Dommage, ça ne prend plus.
J’affiche un sourire aguicheur et l’embrasse avec force. Son contact me rebute. Je n’ai qu’une envie, m’écarter de lui. Tout me dégoûte, de sa bouche sur la mienne à son odeur. Moi qui, auparavant, ai rêvé de son toucher, désormais je rêve de le fuir. Pourtant je continue. Je veux qu’il souffre autant que moi. Je veux le surprendre au moment où il s’y attend le moins.
Quand je sens ses doigts se faufiler vers ma taille, sous ma tunique, je le force à reculer, le plaquant contre le mur. Il me laisse faire, toujours accroché à mes lèvres.
Tu as toujours été trop faible. Trop confiant.
Je sors ma dague de mon dos et la plaque sous sa gorge. Quand il ouvre les yeux, surpris, il me jette un regard inquiet.
— Eliya… Qu’est-ce que tu fais ?
J’appuie doucement la lame froide sur sa gorge.
— Je ne sais pas. J’ai juste envie de m’amuser. Comme tu l’as fait avec moi.
— Qu’est-ce que tu racontes…? demande-t-il d’une voix tremblante.
Je le sens trembler contre moi. Un intense sentiment de mépris me parcourt.
Quel minable.
— T’as quand même pas cru qu’une fille comme moi allait se laisser humilier sans rien faire ? Ou alors t’es encore plus stupide que ce que je pensais.
— Je ne t’ai jamais humiliée ! Je ne comprends pas, Eliya… Je t’aime. Sincèrement.
— Si c’est ce que vous pensez, Votre Majesté…
Je le sens se figer contre moi. Il a compris. Il ne bouge plus, garde le silence quelques secondes, le souffle coupé.
— Ce n’est pas…
— Ce n’est pas quoi ? demandé-je, menaçante, en enfonçant légèrement plus la lame dans sa gorge.
Le sang commence à goutter, me rendant euphorique. Seconde par seconde, mon ancien amant pâlit. Il n’a jamais supporté la douleur.
— Ce n’est pas ce que je crois ? Alors ? Tu ne vas pas te marier avec la future reine ? Tu ne vas pas prendre la succession du roi ? Tu ne vas pas partir vivre dans le palais, dans le luxe et l’abondance, et m’oublier complètement, moi, une simple mercenaire ?
Il garde le silence, évitant mon regard.
— C’est bien ce que je pensais.
Je prends une profonde respiration, essayant de conserver mon sang froid.
— Tu vois, Lessyo, c’est ça ton problème. Tu fuis dès qu’il faut prendre tes responsabilités. Tu es lâche. Je croyais que tu changerais. Faut croire que je me suis trompée.
Il se tait toujours, et je sens que je perds complètement le contrôle.
— Regarde-moi quand je te parle ! hurlé-je. Tu m’avais promis le mariage, tu m’avais promis le bonheur, tu m’avais promis une maison, tu m’avais promis que tu me ferais oublier mes souffrances, mes malheurs ! Au lieu de ça, tu m’as fait plus de mal que tous les autres !
— Tu ne te rends pas compte ! Je ne pouvais pas dire non !
— Alors il ne fallait pas me faire croire que tu pouvais.
Une rage glaciale m’a envahie. Mes yeux lancent des éclairs. Je n’ai jamais autant haï quelqu’un qu’à ce moment-là.
— Tu es devenue folle…
Ma main ne tremble pas quand j’enfonce ma dague dans sa carotide. Sa supplique se noie dans un gargouillement. Le sang gicle tandis que le corps s’écroule au sol. Il ne bouge plus, ne parle plus, ne respire plus. Il est mort.
Je reste immobile, une paix immense, un soulagement infini s’empare de moi.
Puis les bruits de l’extérieur me sortent de ma transe. Je dois bouger. Je ne veux pas finir au bûcher pour avoir tué le futur roi. Je me précipite vers la fenêtre, la soulève avec facilité. Je me faufile sur la gouttière, grimpe sur le toit. Trois étages plus bas, le tumulte habituel de la ville en pleine journée. Je me perds dans ma contemplation. Les gens se pressent, marchent vite, sans regarder autour d’eux, comme des fourmis, formatés à travailler sans relâche, sans pause, sans parler, sans penser, inconscients du drame qui vient de se produire.
Je souris, puis fait volte face, ma cape sombre tourbillonnant dans mon sillage. Il est temps pour moi de plier bagages et de disparaître encore une fois.
Tu as raison, Lessyo. Je suis devenue folle. Folle d’amour, ça rime vite avec folle de rage, folle de tristesse, folle de haine. J’ai poussé un cri du cœur, de celui qui a trop subi, trop souffert. Les autres n’ont fait que l’égratigner. Toi, tu l’as piétiné, souillé, détruit. Alors, oui, je suis devenue folle. Mais il ne faut jamais sous-estimer la folie d’une femme qui a aimé.
En tout cas, ton texte est court mais concis, en plus d'être fluide et agréable à lire. Le défi est relevé ! Bravo à toi ! x)