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Camouche
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Souvent, Amaia me rend visite. Elle ne prévient pas. Elle arrive, s’assoit. C’est une sorte de rituel qui s’est installé entre nous. Elle vient me voir, chez moi, à la fac, nous échangeons quelques mots, ou bien des discussions de plusieurs heures. Nous rions parfois. Nous pleurons souvent. Quand elle s’en va, je me sens vidée, mais heureuse.

Ma mère hurlerait si elle savait ce qui se passe. Elle ne comprend pas. Elle n’a jamais compris. Elle dit que je suis folle, de continuer à la voir. Mais je ne suis pas folle ! C’est ma seule amie ! Je ne sais pas où est le problème ! Elle a vraiment tendance à tout exagérer ! Tout ça parce que j’ai une santé mentale fragile ! Donc je ne devrais pas avoir d’amis ? Au début, je lui disais, quand je la voyais. Je lui racontais nos discussions et nos fous rires. Mais je voyais son visage se figer, et j’entendais ses cris. Alors j’ai appris à me taire. J’ai peur de ce qu’elle risque de faire, si elle l’apprend. Je ne veux pas dire au revoir à Amaia.

Pourtant, ce matin, quand mon amie apparaît, elle arbore une mine sombre. Ses traits portent l’expression des gens qui ont des annonces graves à faire. Je ne le remarque pas, les yeux perdus dans le vide.

— Ils vont me retrouver, déclaré-je. Je le sais.

— Oui. Ils sont en route, répond Amaia en s’asseyant près de moi.

Comme toujours, nous ne nous touchons pas. C’est interdit.

— Je vais donc bientôt partir, continué-je.

Elle prend une profonde inspiration.

— Cléo, j’ai quelque chose à te dire…

Je fronce les sourcils, immédiatement inquiète.

— Quoi ?

— Je ne peux pas venir avec toi.

Je me fige aussitôt. Mon cœur s’emballe, mes jambes tremblent. J’ai l’impression de m’écrouler, de tomber dans un gouffre sans fond. Elle était mon seul rempart, ma seule protection face à l’océan où je vais être abandonnée. Si elle ne vient pas, je ne pourrais pas survivre.

Je sens les larmes emplir mes yeux.

— Mais, bégaillé-je. Tu m’avais promis… Tu m’avais promis que tu serais toujours là.

— Là, c’est différent. Je ne peux pas t’accompagner.

Je renifle, les bras autour des genoux.

— Alors, tu pars. Comme Alexis, comme Justine, comme Maxime. Putain, Amaia, t’es la seule qu’il me reste ! Je fais quoi, moi, si tu pars aussi !

— Arrête, Cléo ! Tu sais bien que c’est beaucoup plus compliqué que ça. Ils ne t’ont pas abandonnée, tu déformes la vérité !

— Tu es en train de m’accuser de quoi, là ? Tu penses que c’est de ma faute ? Je le savais, que t’avais toujours pensé ça ! Comme si je ne m’en voulais pas assez toute seule ! Je ne suis pas responsable, tu m’entends ! C’est juste cette voix, dans ma tête, qui me dit que c’est à cause de moi, mais elle ment, elle ment, hein qu’elle ment ?

— Oui, elle ment. Ce n’est pas de ta faute.

Mais sa voix est tendue, comme si elle aussi ne disait pas la vérité. Mais ce n’est pas possible. Parce que si elle ne dit pas la vérité, alors c’est ma faute.

Mais ce n’est pas ma faute.

Ce n’est pas ma faute.

Ce. n’est. pas. ma. faute.

— Tu me le promets, hein, Amaia ?

— Je te le promets.

Je voudrais la prendre dans mes bras pour me rassurer, sentir son corps chaud contre le mien, pour m’apaiser. Mais c’est interdit. Alors nous restons en silence, toutes les deux. Je sens son soutien dans sa présence, dans ses regards.

— Tu m’attendras ? murmuré-je. Tu m’attendras le temps que je revienne ?

Elle pousse un long soupir.

— Cléo, tu n’as pas compris. C’est fini. Quand tu reviendras, tu n’auras plus besoin de moi. Tu m’auras oubliée.

Je me lève d’un bond.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne peux pas t’oublier ! Je t’aime trop pour ça ! Tu es la seule chose qui me tient en vie !

Elle dit vraiment n’importe quoi ! Pourquoi j’oublierais ma meilleure amie ? C’est stupide !

— Moi aussi je t’aime, Cléo. Je ne dis pas ça pour te vexer, c’est simplement la vérité. Crois-moi.

Je m’effondre alors au sol, recroquevillée sur moi-même. Je ne veux pas l’oublier. Je ne peux pas l’oublier.

— Non… Non. Non ! Je refuse ! C’est impossible !

— S’il te plaît, calme-toi. Ta mère va t’entendre.

Mon cœur bat la chamade, tambourinant à mes oreilles. Je ne l’entends plus me parler, je n’entends que le tourbillon de mes angoisses, de ma peur, de ma peine, comme un vortex autour de moi. Un vertige me prend violemment, je manque vomir sur le tapis fleuri.

— Cléo… murmure Amaia en se glissant près de moi. Cléo, quand ils vont t’emmener, ce sera pour te soigner, pour t’aider. Tu iras mieux, tu guériras, et tu n’auras plus besoin de moi. C’est une bonne chose. Je ne t’oublierais pas, c’est promis. Mais toi, tu le dois. Tu dois tourner la page. Tu dois vivre.

Une sirène de police retentit au loin.

Ils en ont mis, du temps !

— Mais moi, je ne veux pas vivre sans toi ! C’est impossible ! Comment je ferais, moi si tu n’es pas là ? Tu es la seule qui m’accepte, la seule qui m’écoute, la seule avec qui je peux être moi-même.

Les sirènes de police se rapprochent de plus, marquant les secondes qu’il nous reste toutes les deux.

— Ils sont là, déclare Amaia d’une voix fatiguée.

Je me lève lentement, passe mes mains sur mon visage en inspirant profondément. J’enfile mes chaussures et une veste, puis me poste dos à la porte, les yeux plantés dans les prunelles bleues d’Amaia. Ces prunelles que j’aime tant, donc je n’arrive pas me passer. Pourtant, je vais devoir le faire. Je n’ai pas le choix.

On sonne à la porte. J’entends ma mère ouvrir et échanger quelques mots d’une voix incertaine.

— Si tu savais ce à quoi je suis prête pour qu’on reste ensemble… confié-je doucement. Je ne peux pas imaginer ma vie sans toi. Tu es tout pour moi, tu es ma meilleure amie, ma sœur… Je ne vais pas tenir, ça me terrifie, je vais craquer là-bas, je vais devenir complètement folle.

Des bruits de pas résonnent dans l’escalier. C’est fini.

— J’aimerais qu’on meurt, toutes les deux, maintenant, pour se retrouver dans l’au-delà, dans le monde des esprits, ou je ne sais où, tant qu’on est ensemble.

Amaia me regarde. Ses pupilles reflètent un millier d’émotions. J’y lis de la tristesse, de la peine, de la pitié. Mais aussi une certaine colère, une certaine rage. Contre moi ? Mais qu’est-ce que j’ai fait ?

— Cléo… Je suis déjà morte. Maxime, Alexis, Justine, nous sommes tous morts. C’est toi qui nous a tués.

Ça éclate comme une bombe, comme la porte de ma chambre derrière moi, enfoncée par une dizaine de policiers. Elle me déteste. Depuis que nous ne sommes plus que toutes les deux, elle me déteste. Car elle pense que c’est ma faute. Que je suis responsable. Mais c’est faux.

C’est faux.

C’est faux.

C’est faux.

— C’est faux ! hurlé-je, mes larmes brûlant mes joues, tandis qu’on m’attrape par les bras.

Elle me contemple, immobile, me regardant me débattre contre mes cauchemars, mes ravisseurs.

— Je ne voulais pas ! Je ne vous ai pas fait de mal, je ne vous en aurais jamais fait ! Ce n’est pas ma faute ! Tu n’es pas morte, tu n’es pas morte, tu pars juste, comme les autres ! Tu n’es pas morte ! Tu es vivante, tu es là, tu me regardes ! Pourquoi tu me mens comme ça ? Ils vont te croire ! Mais c’est faux, tu n’es pas morte !

Tu n'es pas morte !

Tu n’es pas morte.

Tu n’es pas morte…

Tu l’es ?

LA MEURTRIÈRE DES QUATRES JEUNES RETROUVÉE

Il y a un mois, on signalait la disparition de quatre jeunes adultes. Amaia, Maxime, Justine et Alexis n’étaient pas rentrés chez eux après une soirée chez des amis. Les recherches ont débuté aussitôt, et ont duré presque une semaine. Les corps ont été retrouvés, dissimulés dans un ravin, affreusement mutilés. Assassinés au couteau, ils ont succombé à leurs blessures.

L’enquête a rapidement mené au cinquième membre du groupe, Cléophée Meyer, âgée de 21 ans, seule survivante. Selon sa mère, interrogée, elle ne semblait pas le moins du monde attristée par la disparition de ses amis, qui étaient pourtant tout pour la jeune femme.

Les analyses approfondies des corps ont amené à découvrir des traces de clozapine, un médicament prescrit contre la schizophrénie, ainsi que des antidépresseurs. Or, Cléophée souffre de schizophrénie et de dépression. De plus, son ADN a été trouvé sur l’arme du crime, à quelques mètres des corps.

Cléophée, arrêtée pour meurtre, est désormais enfermée en hôpital psychiatrique, où elle avait déjà fait plusieurs séjours, en attente de son procès. Elle a déclaré ne pas être coupable, que c’était un accident. D’après elle, elle continuait à voir Amaia, qui était sa meilleure amie, et ce même après l’avoir tuée, ce qui est un symptôme terrifiant de sa schizophrènie.

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2 Comments

3 days
Glauque à souhait, j'adore !
Bon, j'avoue, j'ai deviner très vite qu'elle était schizophrène et qu'Amaïa était morte. Mais ça restait agréable à lire, en plus ton style est intéressant dans ce genre, tu sais rythmer les scènes :)
Bravo d'avoir relevé le défi ! C'est très bien joué, même si j'admets qu'il y aurait dû y avoir plus de dialogue pour faire la chute, plutôt qu'une explication écrite. Tu aurais pu, par exemple, faire parler une journaliste à la télé plutôt qu'un article de journal papier.
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2 days
Je suis contente que ça t'ait plu ! J'aurais pu faire parler un journaliste, oui, ça aurait peut être été plus judicieux. Merci pour ton défi j'ai adoré le faire !
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