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Hanae_Ecriture
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Je débute ma journée, les doigts maculés d’encre magique et parsemés de miettes de pain enchanté. L’échoppe vibre d’une énergie singulière, un carrefour animé où s’entrelacent des âmes venues des confins du royaume, attirées par l’arôme envoûtant de mes potions culinaires et par le spectacle vivant que mon art déploie. Chaque instant ici pulse comme une aventure, une plongée dans l’inconnu et le merveilleux.

Les murs exhalent une douce chaleur, mêlée au parfum âcre des ingrédients mystiques qui s’entassent sur les étagères. Un frisson électrique de magie court sous ma peau, un feu discret prêt à jaillir. Autour de moi, les murmures des clients s’entremêlent aux cliquetis des fioles, tandis que leurs regards brillent d’une curiosité mêlée d’espoir et de secret.

Le monde ici ne reste jamais figé. Un sorcier au regard perçant commande une potion pour apaiser des cauchemars. Une jeune femme aux cheveux d’argent semble danser sur le fil du réel et de l’illusion. À chaque rencontre, mon cœur bat au rythme d’une énigme nouvelle, et mon esprit s’ouvre à des possibles insoupçonnés.

Je ris intérieurement, défiant les limites entre le tangible et le surnaturel. La journée s’annonce riche de mystères, de rencontres et d’une magie palpable qui s’insinue jusque dans chaque souffle. Rien n’est écrit d’avance, et c’est précisément ce qui fait battre mon cœur plus fort.

— Bonjour, mademoiselle, vous avez l’air encore plus rayonnante que d’habitude, me lance un homme à la peau irisée, assis au comptoir.

C’est Alric, un mage des eaux venu souvent boire ma soupe d’algues chantantes. Je souris, essuyant un verre qui brille d’une lueur bleue.

— Alric, vous abusez. Mais ça fait plaisir. Une soupe alors ?

— Comme toujours, et avec un peu plus de sel de la mer, s’il vous plaît. J’ai eu une longue nuit à apaiser les courants.

Le premier client de la journée entre, fidèle à lui-même : mystérieux, élégant, presque trop bien pour ce monde bancal. Je retiens mentalement sa commande, le geste devenu mécanique, ancré dans mes habitudes. À peine ai-je le temps de refermer le carnet qu’un claquement sec retentit. La porte s’ouvre brusquement, emportée par un courant d’air glacé qui mord la peau et fait vaciller les flammes des chandelles.

Une silhouette encapuchonnée franchit le seuil. Sa démarche est fluide, presque irréelle, comme si ses pas effleuraient le sol sans jamais vraiment s’y ancrer. Drapée dans des voiles d’un noir profond, elle attire la lumière à elle sans en refléter une seule étincelle. Même les ombres hésitent autour d’elle, oscillant, indécises, comme si leur propre existence dépendait de sa présence.

L’atmosphère change, se tend, suspendue à cette apparition silencieuse. Un frisson traverse la pièce, lent et insidieux, remontant les échos dans les murs et glissant sous les manteaux. Quelques clients se retournent, l’instinct en alerte, les gestes figés au milieu d’un mouvement, comme pris en faute par quelque chose qu’ils ne comprennent pas mais qui gronde à la lisière de leur perception.

Je reste droite derrière le comptoir, le regard fixé sur l’inconnu. Mon cœur cogne plus fort, une pulsation sourde, martelée par la magie dans l’air, cette vibration subtile que seuls ceux qui savent ressentir peuvent percevoir. Il n’y a pas de hasard dans cette échoppe. Seulement des présages, déguisés en rencontres.

— Un thé de racines de dragon, dit la voix rauque qui trahit à peine une fatigue profonde.

Je m’approche, mon sourire en avant, parce qu’ici, il faut savoir rassurer.

— Immédiatement. Une infusion brûlante avec un soupçon de miel d’elfe, je vous le prépare.

Tandis que je sers une nouvelle commande, mes doigts effleurant le bois chaud du plateau, mes yeux croisent les siens. Un vert brut, profond, presque sauvage. Pas un vert ordinaire – non, celui-là dévore la lumière, la capture pour en faire autre chose. Une lueur froide, magnétique, impossible à ignorer.

Mon souffle hésite une fraction de seconde. Ce regard n’observe pas : il traverse, fouille, questionne sans bruit. Comme s’il cherchait une vérité enfouie sous la surface, là où même moi je n’ose plus trop descendre.

Je détourne les yeux. Juste assez vite pour garder contenance. Juste assez lentement pour lui laisser croire que je ne fuis pas.

Mais au fond, je sais. Ce genre de regard ne passe jamais par hasard.

— Vous ne venez pas souvent, vous savez, dis-je, presque plus pour moi que pour lui.

— Les chemins que je foule ne sont pas faits pour les lieux publics, réplique-t-il doucement, déposant une pièce qui scintille comme un fragment d’étoile.

Je le regarde glisser dans l’ombre d’un coin isolé, là où les regards ne peuvent l’atteindre. L’échoppe reprend son tumulte habituel, mais une énergie nouvelle flotte dans l’air, comme un souffle chargé de mystère. Le murmure des clients s’atténue, remplacé par une attente silencieuse. Le temps se fait plus lourd, comme si chaque seconde portait le poids d’un secret encore à dévoiler.

— C’est votre tour, crie une voix joyeuse. Une table vient de se libérer.

Je fonce vers une famille de gnomes excités, leurs petits doigts nerveux trépignant d’impatience. Ils ne rêvent que d’une chose : croquer mes fameuses tartines de champignons aux épices lunaires, un secret bien gardé qui titille les papilles comme un sortilège. L’odeur riche et boisée des champignons flotte dans l’air, mêlée à une pointe d’arôme sucré et piquant, une invitation irrésistible au voyage des sens.

Autour de moi, le brouhaha de l’échoppe s’intensifie, mais leurs regards brillent, suspendus à chaque geste que je fais. Je sens le poids de leurs attentes, une pression douce qui stimule autant qu’elle promet la découverte. Ce moment, c’est la magie du quotidien, un fragment d’enchantement offert à chaque bouchée.

— Une pour chacun, j’annonce, le sourire aux lèvres.

Le père gnome m’observe, un petit sourire malicieux.

— Vous servez bien des gens comme nous, et pourtant on dit que vous n’êtes qu’une simple serveuse. C’est fou, non ?

— Ce n’est pas qu’une échoppe, je réponds. C’est un carrefour de mondes.

Pendant que je pose les plats fumants devant la famille, une rumeur sourde s’élève, comme un frisson qui court sous la peau de l’échoppe. Un murmure qui gagne en intensité, s’infiltrant entre les éclats de voix, vibrant au creux des murs anciens. Je le sens au plus profond, une tension qui s’installe, prête à éclater. Quelque chose approche, inévitable, et le temps suspend son souffle.

— Vous avez entendu ? Demande un client, la voix basse, presque tremblante.

— Quoi donc ? M’enquis-je.

— On dit qu’un sorcier très puissant, un mage de l’ombre, serait venu chercher refuge ici. Que l’échoppe cache un secret capable de bouleverser le royaume.

Je hausse les épaules. Des histoires de ce genre, on m’en a servi par dizaines. Des récits soufflés à voix basse, entre deux gorgées de thé fumant et une potion en préparation. Pourtant, aujourd’hui, quelque chose accroche. Un soupçon qui me gratte sous la peau, comme une vérité enfouie qui refuse de rester muette. Le doute me ronge, pas celui qui traverse l’esprit en silence, non – celui qui s’installe, lourd, dans le ventre et serre la gorge.

Sans prévenir, l’inconnu encapuchonné se redresse. Son mouvement est lent, presque cérémonial, mais chaque geste dégage une précision maîtrisée, une puissance contenue. Il s’avance, droit, jusqu’au centre de la pièce, comme poussé par une volonté invisible.

Les conversations s’éteignent. L’air se fige. Un à un, les regards se tournent vers lui, happés par une force que personne n’ose nommer. Le silence n’est plus un simple calme : il devient présence, tension. Les murs de l’échoppe eux-mêmes paraissent retenir leur souffle. Et moi, derrière mon comptoir, je sens une étrange énergie monter dans mes veines, brûlante, électrique, comme si quelque chose d’important était sur le point d’éclater.

— Mesdames, messieurs, commence-t-il d’une voix grave, je ne suis pas un ennemi. Je viens en quête d’aide.

Un silence tendu s’installe. Je suis là, devant lui, incapable de détourner les yeux.

— Il paraît que vous servez les meilleures potions du royaume, et qu’elles guérissent bien plus que la simple faim. J’ai besoin d’un remède.

— Qu’est-ce qui vous ronge ? Dis-je, consciente que cette rencontre pourrait changer la destinée de l’échoppe.

Il baisse lentement sa capuche, dévoilant un visage creusé par des cicatrices profondes, traces d’un passé douloureux. Ses yeux, lourds de fatigue, brûlent pourtant d’une détermination farouche, comme un feu qui refuse de s’éteindre malgré les tempêtes traversées. Chaque ligne sur sa peau raconte une histoire, chaque regard porte le poids d’une quête qui ne tolère aucun détour.

— Une malédiction. Une magie noire qui dévore mon âme.

Le murmure qui circule entre les clients gagne en intensité, se transformant en un bruissement chargé de tension. Je m’avance doucement, tenant dans mes mains une fiole aux reflets scintillants, contenant une potion dont la lumière danse au rythme de mes pas. Chaque regard se fixe sur moi, chargé d’attente et d’espoir. L’air devient lourd, presque électrique, comme si le destin lui-même retenait son souffle.

— Je peux essayer, dis-je doucement. Mais ça demandera du temps.

Il hoche la tête.

— Le temps est ce que j’ai de plus précieux.

Pendant que je dose les ingrédients, concentrée sur le mélange qui fume doucement dans le mortier de pierre, je sens les regards. Certains me frôlent à peine, discrets mais attentifs. D’autres s’attardent, pleins de curiosité, parfois teintés de doute, parfois d’une admiration muette. C’est comme si, pour un instant, le temps se pliait. Tout ralentit. Le monde extérieur cesse d’exister, et dans l’échoppe, chaque geste devient spectacle, chaque son résonne avec une intensité nouvelle. Ce moment n’a rien d’ordinaire. C’est une parenthèse. Un battement d’aile dans le chaos du quotidien.

Les heures défilent, mais ici, elles ne s’usent pas. Elles dansent.

La salle se remplit à mesure que la lumière baisse derrière les vitres enchantées. Des capes ruisselantes croisent des armures poussiéreuses, des ailes irisées frôlent les encadrements de bois sculpté. Un guerrier balafré échange un regard complice avec une elfe muette. Une sirène dissimule ses écailles sous une robe brodée d’algues. Un djinn chuchote dans une langue oubliée, enroulé dans une brume dorée.

Chaque client transporte un fragment d’ailleurs, un éclat d’histoire encore brûlant. Ils viennent pour une potion, un sort, une réponse, ou simplement une pause. Mais tous laissent quelque chose derrière eux. Une trace. Une question sans voix. Un soupçon de magie en suspens dans l’air.

Moi, je les accueille, les mains tachées d’essences rares et l’esprit toujours en éveil. Car derrière chaque sourire poli se cache un danger, une quête, un souvenir trop lourd à porter seul. Et ici, rien n’arrive par hasard.

— Une bière de feu pour ce géant, ordonne un elfe en armure.

— Un nectar d’étoiles pour cette sirène, demande une voix cristalline.

Je cours, je traverse l’échoppe comme poussée par le vent, légère mais précise. Mes gestes tracent une chorégraphie bien rodée entre les tables, les fioles et les flammes qui vacillent. J’équilibre les plateaux d’une main, murmure des mots apaisants de l’autre. Autour de moi, les sorts de la cuisine s’enlacent et virevoltent, chargés d’arômes puissants et d’énergies anciennes. Tout bouge, tout vibre, et pourtant, mon esprit reste tendu comme un arc, fixé sur l’homme installé au fond de la pièce.

Son visage ne trahit rien, mais je surveille les moindres détails : la tension de sa mâchoire, la lenteur de sa respiration, la façon dont ses doigts effleurent le bois de la table. Quelque chose le lie à l’invisible, une histoire trop lourde ou trop ancienne pour être dite à voix haute.

Enfin, il porte la fiole à ses lèvres. Un frisson me traverse. Il boit.

Je retiens mon souffle et croise les doigts derrière le comptoir, comme si ce geste dérisoire pouvait infléchir le destin. La magie est lancée. Maintenant, elle choisit sa route.

— Alors ? Dis-je.

Il ferme les yeux un instant, comme s’il écoutait son propre cœur.

— Je sens déjà une chaleur douce. Une paix qui revient.

Un sourire rare éclaire son visage.

— Merci. Vous ne savez pas à quel point c’est précieux.

Je sens un poids se lever dans la pièce. Les murmures se font plus joyeux, plus légers.

— Vous avez sauvé un homme ce soir, dis-je, presque surprise moi-même.

— Et vous avez sauvé bien plus que cela. Vous avez rappelé que la magie peut guérir, même les blessures que l’on croit éternelles, acquiesce-t-il.

La nuit progresse lentement, étirant ses ombres jusqu’aux recoins les plus discrets de l’échoppe. La foule s’efface peu à peu, les voix se taisent, et les chaises se vident dans un murmure discret. Je passe un chiffon sur les tables encore tièdes, effaçant les traces laissées par les passages furtifs, les confidences échangées à demi-mot, les silences lourds de sens.

Les flammes magiques, suspendues dans les lanternes de verre soufflé, vacillent puis déclinent, comme si elles aussi aspiraient au repos. L’air devient plus calme, plus dense, traversé de parfums mêlés d’épices rares et de secrets non-dits. Une paix étrange s’installe, douce mais chargée d’échos, comme une respiration profonde après l’effervescence.

Je m’arrête un instant, les mains posées sur le bois du comptoir encore chaud, et je tourne une dernière fois le regard vers la porte close.

— Demain sera un autre jour, un autre carrefour.

Ma voix se perd dans le silence, mais elle résonne en moi avec une certitude tranquille. Je souris. Ce n’est pas juste un lieu où l’on boit, mange ou commande des potions. C’est un seuil entre les mondes, un point d’équilibre où le réel frôle l’invisible.

Ici, au cœur de cette échoppe tissée de magie et de mystères, je ne suis pas seulement celle qui sert.

Je suis la gardienne des histoires.

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