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Myfanwi
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La jeune femme courait à travers bois, poursuivie par les gardes. Elle n’avait plus beaucoup de temps devant elle. Elle pensait que fuir par la forêt de Qerod lui aurait permis de gagner du temps, mais avait négligé l’adaptation des hommes de Mornepierre à la vie proche de la jungle. Ils avaient l’habitude de poursuivre des fuyards et de se battre contre des bêtes sauvages, bien sûr qu’ils l’avaient repérée !

Les premières flèches s’abattirent sur les arbres autour d’elle. L’elfe utilisa son agilité naturelle pour éviter les attaques. Ses oreilles, repliées vers l’arrière, captaient jusqu’à l’infime mouvement du vent, lui permettant de changer de cap au dernier moment et décontenancer ses poursuivants.

Malgré ses efforts, elle entendait toujours les sabots des chevaux sur ses talons. Elle plongea dans les ronces dans l’espoir de les blesser, ou tout du moins de les ralentir. Elle n’aimait pas blesser les animaux, mais certaines causes en valaient la peine. Si elle était prise, elle finirait sur l’échafaud, écartelée comme nombre de ses semblables avant elle. Elle connaissait les risques, comme tous les messagers de Lorrandir, mais elle ne pouvait se permettre de perdre la vie : sa fille l’attendait à la maison. Les conditions de vie dans la citadelle elfe étaient déjà assez compliquée pour lui imposer une existence orpheline.

Son pied se prit dans une branche. Son corps bascula vers l’avant. Elle s’écrasa dans la boue humide, le souffle coupé. Les cris des hommes retentirent, tout proches. Elle poussa sur ses jambes pour se relever, mais sa cheville droite l’élança douloureusement.

— D’itv qet wseo !* ragea-t-elle.

Elle serra les dents, et s’accrocha au tronc de l’arbre à côté d’elle. Elle fit de son mieux pour éviter de mettre du poids sur sa cheville blessée et boita vers le cœur de la forêt. Les hommes n’oseraient jamais s’aventurer en terres elfes. Si elle atteignait le camp de Méaaras, alors peut-être s’en sortirait-elle vivante.

— Elle est là ! hurla une voix. Cible en visuel !

Elle se retourna. Un homme en armure, bouclier en avant, chargeait dans sa direction. Paniquée, elle agrippa une branche au-dessus d’elle et souleva son corps de terre dans un cri de douleur. Le garde rata son attaque et s’écrasa lourdement contre le tronc. La branche trembla, mais tint bon.

Avant qu’il ne se relève, la jeune femme entreprit de grimper. Chaque appui de sa cheville blessée était une torture, mais, même dans son état, elle restait plus agile que l’homme sous elle, qui peinait à se hisser à sa suite.

Malheureusement, déjà, les renforts arrivaient. Quatre chevaux entourèrent bientôt l’arbre sur lequel elle s’était retranchée. Si elle ne trouvait pas rapidement une solution, elle était terminée !

Son regard balaya les hauteurs de la forêt jusqu’à repérer, sur une branche, un petit oiseau au bec effilé. Il l’observait curieusement, la tête penchée sur le côté, à l’affût. Elle en chercha d’autres, perchés tout autour de la zone, en attente. Elle connaissait assez cette forêt pour savoir que des milliers d’autres se terraient à l’abri, dans l’attente.

Des pics faucheurs. Si seuls, ces petits oiseaux au plumage rouge sang ne représentaient aucun danger, en groupe, ils faisaient un ennemi redoutable, à l’esprit de ruche. Leurs becs aussi fins que des aiguilles et longs comme un bras, leur permettaient d’atteindre des proies, y compris dans les endroits les plus étroits. Carnivores, ils se nourrissaient principalement de petits animaux, mais, lorsqu’ils étaient attaqués, s’en prenaient à des bêtes plus impressionnantes, comme un seul homme.

La jeune elfe sortit un petit instrument de sa sacoche. Il ressemblait à une petite flûte ronde. Elle souffla dedans. Le bruit qui en sortit, strident et long, fit grincer l’homme sous elle. Un cri d’alerte, dans la langue des pics faucheurs.

La forêt tomba brusquement dans le silence, pendant quelques secondes, avant qu’un bourdonnement, de plus en plus important, envahisse l’espace. L’elfe attrapa un onguent à base de fleurs dans sa sacoche et s’en tartina les bras, les jambes et le visage à toute vitesse, pour ne pas devenir une proie.

Un cri puissant, intenable, résonna au-dessus d’eux. L’elfe se boucha les oreilles de toutes ses forces, tandis que les hommes, perturbés, reculaient d’un pas pour y échapper. Un nuage noir de milliers d’oiseaux sortit des arbres pour se jeter sur les malheureux. Ils n’eurent pas le temps de fuir, plaqués au sol par le nombre de créatures. Leurs cris d’agonie ne tardèrent pas à s’élever, alors que les pics faucheurs dévorés toute trace de chair à l’air libre. Les becs se plantèrent dans les interstices des armures pour les vider de son sang, alors que leurs camarades nettoyaient bras et jambes jusqu’à l’os.

Bientôt, il ne resta d’eux que des râles d’agonie. Sous elle, le soldat qui avait tenté de la suivre gisait plié en deux par le ventre, retenu en l’air par un morceau d’intestin accroché à la branche. Ses yeux avaient été remplacés par deux trous sanguinolents dans lesquels les animaux se nourrissaient, le bec plongé jusqu’à son cerveau.

L’elfe ne s’attarda pas. Elle se hissa sur l’arbre suivant et, sans un bruit, s’éloigna de la scène sanguinolente. L’onguent dont elle s’était recouverte ne masquerait pas son odeur longtemps. Elle ne voulait plus se trouver sur les lieux quand les Pics Faucheurs s’apercevront de la supercherie. Si elle avait réussi à les dompter une fois, sa chance ne se répéterait pas.

Dans la forêt de Qerod, il était impossible de forcer la nature à obéir. Elle dominait tout, tout le temps, jusqu’à la mort.

Lentement, l’elfe s’éloigna vers le cœur de la forêt, la jambe traînante. Elle devait se hâter. Si les pics faucheurs seraient rapidement rassasiés après leur festin, d’autres prédateurs se tenaient à l’affut de la moindre de ses erreurs.

Elle put à peine finir cette pensée. Une manticore lui tomba sur le dos et d’un grand coup de croc, lui brisa la nuque sans autre forme de procès. L’elfe, les yeux grands ouverts par le choc, disparut dans un fourré, tirée par Mère Nature qui venait de la punir pour son arrogance.

Si la forêt ne se contrôlait pas, la vie, elle, ne tenait parfois qu’à un morceau d’intestin pendu à un arbre.


*C’est pas vrai !

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3 Comments

Waa la fin ! Je ne m'y attendais pas du tout x)
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8 days
C'était trop joyeux à mon goût ahah
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22 days
Coucou à toi
Déja bravo et merci d'avoir participé à ce défi!
J'ai adoré lire ton texte
Tes descriptions sont géniales et j'aime beaucoup les images que tu nous transmet à travers ta plume
La fin est tellement innatendue ! Tuée à cause de sa propre arrogance, en voila une belle leçon de vie!
Bravo encore une fois et bon courage pour la suite!
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