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Ema
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La psychologue – Si je résume la situation : vous êtes, Ema, la créatrice de Philie. Et Philie, vous êtes le nouveau personnage d'Ema. Commençons avec vous, Ema, si vous voulez bien. Qu'est-ce qui vous a amené à l'écriture ?

Ema – J'ai commencé à écrire mes rêves quand j'ai été en mesure de comprendre comment les lettres fonctionnent ensemble. Je prenais plaisir à maintenir quelque part les images que créait mon cerveau. Puis avec cet entraînement si je puis dire, est venu la création des personnages. Je pouvais passer des heures à dessiner un visage, surtout les yeux, à imaginer des héroïnes, des jeunes femmes qui réussissaient partout où moi, j'échouais. Je crois que ça me faisait du bien de m'échapper. Ça m'aidait, de construire des univers sur lesquels j'avais le contrôle.

La psychologue – Merci beaucoup Ema pour ce partage. Maintenant, si Philie vous deviez rebondir sur ce qui vient d'être dit, comment réagiriez-vous ?

Philie – J'ajouterai juste que son rapport à l'écriture a bien changé alors. Parce que, clairement, elle ne m'a pas créé à l'image des héroïnes de son enfance.

La psychologue – Vous voulez bien développer ?

Philie – Mais je veux dire, déjà, regardez moi! Je suis un cliché sur pattes. Je suis super jolie, mes seins me sautent au visage quand je marche, j'ai des cheveux impossibles à entretenir qui se liquéfient quand je suis stressée, je suis habillée comme à la Renaissance. A quel moment on s'est dit que c'était héroïque de porter des jupes longues et des corsets trop serrés ?

Ema lève les yeux au plafond et soupire.

Philie – Stop, je n'ai pas terminé. Dans tes premiers chapitres, il ne m'arrive que des atrocités. Je me fais battre par ma famille, je suis incapable de maîtriser mes pouvoirs, je dois me faire secourir par une espèce de gros Dragon pervers, ma meilleure amie est une Souris. UNE SOURIS ! On est sur quel genre d'héroïsme s'il te plaît ? Et le pire - LE PIRE - Ema, c'est que je me contente de ce qui m'arrive. C'est normal.

Pourquoi est-ce que c'est normal ? Pourquoi je ne suis pas ce genre d'héroïne qui se rebelle, qui prend les devants, et qui s'en va seule, tout simplement ?

Je les ai rencontré, les autres. Tes modèles, tes inspirations. Elles sont indépendantes, sauvages, raisonnées. Elles ne se font pas submerger par le stress à chaque événement et manquent de se noyer dans des cheveux qui ont la bonne idée de se transformer en eau.

Des larmes coulent sur ses joues, qu'elle essuie d'un geste rageur.

Pourquoi tu m'as fait ça ? Pourquoi je pleure tout le temps ? Pourquoi je ne suis pas capable toute seule ? Pourquoi je suis si différente de tes autres personnages ?

Ema – Philie… Je suis désolée que tu le prennes comme ça. J'ai grandi, elle est là, la raison. Mes premiers personnages avaient besoin d'être des super-héroïnes parce que sinon elles n'auraient jamais survécu. Je n'aurais pas survécu. Toi, tu es fragile parce que je suis maintenant à un moment de ma vie où je peux accepter de l'être.

Tu es mon miroir, Philie. J'écris pour vomir mes cauchemars et pour chanter mes rêves. Tu es l'incarnation parfaite de ça. Tu es ma catharsis.

Tu es fragile parce que je suis fragile. Tu vas avancer, te découvrir, te construire avec ce passé lourd, ces atrocités qu'on t'a infligées ; tu vas apprendre de tes moments de doute et avancer, essayer de faire confiance, tomber, te relever, réessayer.

Tu es jolie parce que mon physique m'a apporté mes plus grands malheurs mais aussi permis mes plus belles réussites. Tu es jolie parce qu'aujourd'hui la société ne fait pas confiance à des gens définis comme moche.

Mais tu es atypique et un peu effrayante par ta différence. Chez toi, elle s'exprime par tes pouvoirs. Moi, mes super pouvoirs, ça a toujours été mon intelligence, ma logique bizarre, mon cerveau qui va à mille à l'heure.

Tu subies et tu attends au début de ton voyage parce que c'est ce que j'ai fait au début du mien. La tétanie, le sentiment d'être bloquée dans une situation qui ne me convient pas. Mais tu verras, tu vas reprendre du contrôle, autant que possible sur ce qui t'arrive. Tu vas apprendre à le faire.

Tu pleures tout le temps parce que ce sont les larmes que j'ai retenues trop longtemps. Je me suis noyée à l'intérieur de ne pas pleurer. Tu submerges les autres avec ce qui est ta plus grande force : tes émotions.

Tu vas être capable toute seule. A un moment. Laisse-moi le temps.

Philie – Tu es en train de dire que moi, c'est toi..?

Ema – Je suis en train de dire que c'est la première fois que j'écris la vérité.

Philie – Mais, et les autres alors ?

Ema – Les autres, elles étaient ce que j'aurais voulu être. Elles étaient mes traumas personnifiés. Elles étaient indépendantes parce que c'était leur seul moyen de survivre. Je ne savais pas faire autrement. Elles vivaient des histoires d'amour toxiques, elles reproduisaient ce que la société inculque aux petites filles dès le jardin d'enfants : le besoin de se faire sauver mais l'incapacité à demander de l'aide. Toi, tu as demandé de l'aide.

Philie – Tu veux dire qu'elles étaient, au fond, plus malheureuses que moi ?

Ema – Exactement. Elles étaient seules, enfermées dans leurs croyances, incapables de changer. La solitude est la pire des sensations, tu sais. C'est un sentiment que je ne t'ai jamais permis de ressentir.

Philie – Est-ce que je vais être heureuse ?

La psychologue – C'est important pour vous, Philie, d'être heureuse ?

Philie – Je ne sais pas ce que ça veut dire, elle ne me l'a jamais enseigné.

La psychologue – Et pour vous, Ema, c'est important d'être heureuse ?

Ema – Peut-être parce que je ne sais pas ce que ça veut dire non plus. Peut-être parce que je suis en train d'apprendre que ça n'est pas un état final ni un résultat mais un sentiment rencontré sur le chemin.

Philie – Tu vas me rendre heureuse ?

Ema – Tu ne sauras jamais vraiment ce que c'est mais tu rencontreras des moments de bonheur, oui. Je crois que c'est la somme de ces moments, versus celle des moments durs, qui nous permet de dire, à la fin d'une vie, si oui ou non on a été heureux.

Philie – Donc tu es en train de dire que je saurais si j'ai été heureuse qu'à la fin du livre.

Ema – Et encore ! Elle rigole. Probablement que le premier tome sera suivi d'un deuxième, puis d'un troisième. Mais c'est elle aussi, ta quête. La nôtre. Pas juste de pourchasser une espèce de fumée fantôme qui détruit tout ce qu'elle touche. Non, c'est avant tout la quête de la relation aux autres, de ce qu'elle apporte comme satisfaction, l'apprentissage de la solitude, et, comme je disais, la quête du bonheur.

Philie – Tu m'imposes tes propres cauchemars. Je ne mérite pas ça.

Ema – Je suis désolée. Mais sans mes cauchemars, tu n'existerais pas. Je te rappelle que tu es mon miroir, et que tu es née d'une image que je trouvais jolie.

Philie – Je pourrais refuser. Je pourrais partir rejoindre un autre livre, une autre histoire.

Ema – Et je pourrais t'effacer. T'éradiquer de toute imagination, parce qu'après tout, tu dépends de la mienne. Ne joue pas à ça, tu perdras.

Philie – Parce que, dans le fond, je t'appartiens.

Ema – Tu pourras vagabonder dans d'autres imaginations, celles de jeunes femmes un peu paumées, comme moi, qui cherchent à s'évader et qui se reconnaîtront en toi, j'en suis certaine. Elles pourront imaginer différents scénarios, s'attendre au pire comme au meilleur. Mais oui, j'aurais toujours le dernier mot.

La psychologue – Et qu'est-ce que ça vous fait ressentir, Ema, ce plein pouvoir ? Avez-vous l'impression d'être mégalomane ?

Ema, avec une grimace – Je ne suis pas mégalomane. C'est vous qui me faites parler depuis près de vingt minutes avec quelqu'un qui n'existe pas. Mais oui, j'aime le sentiment d'avoir le contrôle.

La psychologue – Parfait. On a bien avancé. Ça fera cent quarante dollars.

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9 Comments

16 days
c'est magnifique, bravo et merci pour ce texte!
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16 days
Merci à toi pour la lecture et le commentaire, ça me fait bien plaisir de savoir que ce petit morceau plaît ☺️
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Superbe texte ! C'était à la fois drôle et plein d'émotions. C'est pas toujours facile de prendre ce recul-là mais nos personnages sont toujours un peu le reflet d'une partie de nous. Bravo !
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18 days
Merci beaucoup! Grâce à toi, j’ai découvert qu’on pouvait commenter directement sur les paragraphes -incroyable!-. Je suis très contente que ça t’ait plu et que tu aies saisi mon humour qui est très très dilué dans beaucoup de détails souvent. Donc ça me fait plaaaaisir!
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Merci beaucoup! Grâce à toi, j’ai découvert qu’on ...
Haha le seul hic des commentaires de paragraphes c'est qu'ils disparaissent si tu modifies ou supprimes le paragraphe je crois 😅
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19 days
Bravo pour ta participation !
Je crois que tous écrivains que nous sommes, nos personnages sont en quelque sorte le reflet d’un partie de nous
Tu as réussi à mettre des mots dessus, et quels beaux mots!
Bravo encore!
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19 days
Merci beaucoup pour ton commentaire! Je suis contente que ça t’ai plu!
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20 days
Le 140 dollars final est super froid ahah. J'ai beaucoup aimé ton texte et le message derrière ton personnage, auquel on peut un peu tous relater, forcément, puisque les premiers personnages sont souvent des kékés plein de super pouvoirs qu'on veut mettre en avant à la place de la vie banale. Le défi est très réussi, et c'est un très beau texte !
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19 days
Merci beaucoup pour tes mots, et pour le défi surtout! J’ai pris beaucoup de plaisir, c’était intéressant de faire sortir Philie de son environnement habituel.
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