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meharat
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Thérapie




10 h 30, il est temps de passer aux plaignants suivants.

Un signe au serviteur qui deux minutes plus tard laisse entrer un homme tellement grand qu’il doit presque se baisser pour franchir le pas de la porte.

« Vous êtes… ? »

— Je suis… ?

— Votre nom !

— Oh, ah hum, Meharat ?

— C’est quoi ce nom ?

— Heu… le mien ?

— Vous en doutez ?

— C’est que… j’en ai plusieurs, il paraît que je suis légion comme dirait l’autre.

— Peu importe ! Vous êtes là pour… ?

— Ah, ça, je me le demande aussi, on m’a juste signifié de me présenter ici à cette heure-ci, mais en omettant le pourquoi. L’administration, quoi.

— Où sont les autres ?

— Les autres ? J’espère que vous ne faites pas référence à moi et mes autres moi sinon on n’est pas près d’en avoir fini, quoique l’on puisse avoir à faire.

Nous prîmes une longue inspiration. Voilà qui n’augure rien de bon pour la suite. Un grand comique raté et une partie des plaignants en retard.

— Craâaa ! Râaâa !

Et voilà maintenant un animal cherchant à défoncer la baie vitrée de son bec.

— Aah, hum, monsieur ? Je crois qu’il veut entrer.

— Et ?

— Ah heu, je pense que je le connais.

— Serait-ce un des plaignants ? Aussi ridicule que soit l’idée.

— C’est, hum, possible, enfin il faudra lui demander.

— Demander ? À l’animal ? Quelle est cette absurdité ?

— Heu oui ? C’est qu’il communique par image si c’est… ah ! C’est bien lui.

— Soit ! Laissez entrer l’animal avant qu’il n’abime la vitre. Êtes-vous sure qu’il n’est pas enragé vu… Oh ! Peu importe ! Laissez entrer le corbeau ! On le tuera plus facilement comme ça s’il n’a rien à voir avec notre affaire.


***


— Raaa ! Craaw !

L’animal bat légèrement des ailes comme pour souffleter le valet lui ayant ouvert, puis il sautille, entrant dans la pièce avant d’observer les lieux brièvement.
Il se met ensuite à fixer intensément le serviteur et celui-ci tressaute comme si on le piquait avec des aiguilles. Il finit par tendre son bras vers l’oiseau qui d’un bond, se juche dessus. Le valet revient alors vers nous, grimaçant faiblement, portant le corbeau sur son avant-bras.

Il l’emmène jusqu’au bureau où est installé le grand comique raté et l’animal quitte finalement son perchoir. Le serviteur reprend son poste, se massant la zone où le corbeau a dû planter ses serres pour conserver son équilibre. Pendant ce temps, l’oiseau observe les lieux, puis se fixe sur le comique raté, et… oui, ça me semble bien être du dédain, il toise l’homme avec un dédain manifeste.

— Maintenant que les plaignants sont tous présents (enfin, j’espère), nous allons pouvoir commencer !

— Royal, qu’est-ce que tu fais là ? Et comment ?

— k-kk-k-k-k-k-kk, Rââ, rôow.

— Silence ! Vous ne parlerez que pour répondre à nos questions !

L’homme se redresse subitement suite à notre admonestation et même l’animal se tient un peu plus droit. Terminons-en rapidement avant que la situation ne dégénère encore plus.

— Et donc ? Quel contentieux existe-t-il entre vous ?

— Krââaa Raaaâa !

— Moins fort ! Nous ne sommes pas sourds ! Quelqu’un comprend-il ce qu’il veut dire ?

— Koow ! K-k-kk-k-kk ! Râaa !

— Moins fort !

— Râaa.

L’homme lève timidement la main.

— Oui ?

— Il ne comprend pas pourquoi ça ne fonctionne pas avec vous monseigneur, mais je peux servir d’interprète au besoin.

— Soit, que dit-il ?

— …

— Qu’il est là au nom d’un collectif plus vaste pour transmettre leurs griefs à mon encontre.

— Pour quelles raisons ne sont-ils pas tous présents ?

— …

— Hum, c’est gênant, il communique par image comme je vous l’ai mentionné alors il me faut interpréter, mais majoritairement, si je comprends bien, c’est parce qu’une grande partie des… heu plaignants se rueraient sur moi avant même que vous n’ayez ouvert la bouche monsieur, pour me tuer monseigneur, de manière toute plus horrible les unes que les autres.

— Soit. Corbeau ! Faites-nous donc une liste exhaustive de tous les griefs que ce groupe que vous représentez peut avoir à l’encontre de cet homme ! On n’a pas toute la journée ! Faites vite !

— …

— Comment ça tu ne veux pas ? Réponds au monsieur enfin, t’es bien là pour ça non ?

— RÂÂAA !

Le voilà qui bat légèrement des ailes puis tente de piquer la main de l’homme d’un coup de bec. Cette affaire risque rapidement de nous porter sur les nerfs.

— Que dit-il ?

— …

— Qu’il a faim. Qu’il s’ennuie. Qu’avec Yuki ce serait déjà fini, avec des cadavres partout. Qu’il n’aime pas vos hum cheveux. Ah et aussi, qu’il ne dira rien tant que je ne me serais pas excusé envers lui.

— … Pour quels griefs ?

— …

— Il dit qu’être lié à une égocentrique hystérique capable d’incendier une ville pour déstresser n’est pas de tout repos… m’enfin ! Elle n’est pas comme ça Royal !

— …

— Comment ça je ne vis pas avec ? Puis je te rappelle que c’est toi qui l’as choisi en premier lieu, espèce de cinglé !

— KRRÂÂÂA ! RÂÂA !

Les voilà maintenant en train de se battre.

— Suffit ! Faites silence ! Si vous êtes incapable de vous maîtriser, on peut aussi vous y aider !

***

Je reprends une fois qu’ils se sont un peu calmés.

— Votre histoire est incompréhensible. Lui dit que vous l’avez forcé à vivre avec un individu qu’il ne supporte pas ?

— Hum, quelque chose dans ce style-là oui. Mais bon, forcé est un grand mot, enfin Royal, tu le sais très bien, la plupart du temps, je me contente de poser la scène et pour le reste vous vous débrouillez bien tout seul comme des grands. C’est même ainsi que tu es sorti du lot, je te le rappelle ! En te prenant pour le héros de l’histoire alors que tu étais juste un piaf sur une branche d’arbre. On pourrait bien arguer sur les détails, mais bon dans le fond, c’est et ça reste votre histoire.

— …

— Comment ça, j’exagère ?

— …

— Hey ! Oh ! Garde tes déjections pour toi !

Voyant que nous étions à deux doigts de perdre patience, l’homme se tourne vers moi, esquivant de justesse quelques tentatives du volatile pour lui piquer la main de son bec.

— Navré heu… Hum, monsieur, mais il me bombarde d’images concernant un vol de ses semblables en train de lâcher leurs déjections sur ma tête jusqu’à ce que je me retrouve enseveli. Ce n’est guère appréciable. Heureusement que le goût ne p…

— k-k-k-k-kkk-kk.

— Heeuurk, il peut aussi transmettre le goût… Et puis d’abord Royal, comment peux-tu donc savoir quel goût ça a ? Ou tu extrapoles ? Mais sur quelle référence ?

— …

— Ah non ! Pas de ça avec moi mon petit ou je te retire de l’arc narratif suivant !

— KRÂÂÂA !

— Comment ça tant mieux ? M’enfin !

— …

— Depuis le temps que tu voulais jouer les preux chevaliers en armure et tout ! C’est l’occasion parfaite nan ?

— …

— Tt tt ! Normal qu’il soit hideux, ce sont des démons après tout. Et non ! Ça ne va pas salir tes ailes ! Je t’ai dit qu’elles seraient comme de l’acier ! Donc ça coulera dessus, ça restera pas collé ! Comme le geste là, des samouraïs pour nettoyer leur lame, tu pourras faire pareil ! Et avec les deux ailes !

— …

— Mais non, tu ne vas pas te changer en démon si tu avales un peu de leur sang à force de les percer de ton bec. Allons, un peu de courage !

— …

— Tu côtoies des demi-dieux, des cinglés homicides, un psychopathe ou deux, une furie et tu voudrais me faire croire que tu as peur que quelques démons te salissent une plume ? Sérieusement ? Royal ?

— Krâââaaâ Raâaâaa !

— Comment ça je viens d’avouer qu’elle était… Hey, je ne parlais pas d’elle !

— …

— Mhh hum… Heu Monsieur, il dit qu’il me pardonne finalement et qu’il est prêt à dicter votre heu… liste. Mais Royal, il y en a combien à avoir des griefs à mon encontre ?

— …

— Comment ça quasi tous ? Comment ça je viens d’en ajouter un autre à la liste ?

— …

Depuis un moment, nous tambourinons du doigt sur notre bureau, observant les deux énergumènes faire leur show comme si nous étions absents. Pour passer le temps agréablement, nous imaginions leur traitement futur une fois en tête à tête avec le bourreau.

— Auriez-vous enfin fini par le plus grand des hasards ?

L’homme parcourt la pièce du regard, s’arrêtant longuement sur certains objets et points de détails. Puis il me fixe.

— Je vois, je ne vous imaginais pas comme ça monseigneur. Ça m’apprendra à ne pas vous avoir décrit en détail.

— …

— Non Royal, ce n’est pas hilarant, même si je goûte un peu à la blague. Je te l’accorde, il y a de l’idée. Elle est de toi ?

— raa raa k-k-k-k

— Et de Greg évidemment. Bon, tant que vous n’avez pas été impliquer les autres ça peut aller.

— …

— Non lui c’est de bonne guerre, tu peux lui pourrir la vie autant que tu veux, mais si tu l’énerves trop je ne viendrais pas te défendre, débrouille-toi.

— krââ ! Kaaw !

— Petit salopiot, non, je te ferais juste disparaître comme ça ! pfuit ! Envolé le piaf ! Disparu en une ligne perdue au milieu d’un gros pavé pendant une ellipse temporelle. Je n’irais pas te sauver parce que je t’aime bien ! À toi de ne pas énerver tout le monde au point qu’ils veulent tous ta mort. PyuPyu ne te suffit pas ? Si même lui veut ta peau c’est que t’as salement du abuser sale piaf !

Nous les regardons agir, un sourire mauvais aux lèvres, ce que l’homme finit par remarquer.

— Navré, monseigneur duc. Ou devrais-je dire Empereur ? Mais nous allons vous quitter désormais. Navré pour tout ça encore une fois, mais voyez-vous, ce sale piaf, n’a en aucun cas le pouvoir de se matérialiser à volonté ou bon lui semble. Sa présence était donc suspecte. Sauf, à ce que l’on soit encore quelque part là-dedans, dit-il en se tapotant le crâne. J’ai juste mis bien trop long à m’en rendre compte.

— Parce que vous croyez pouvoir sortir d’ici ? La seule sortie c’est celle menant à la salle de torture, comme pour tous les plaignants vous ayant précédés, tous traités équitablement de la même manière. Sauf vous ! je devrais peut-être faire une exception et vous torturer moi-même pour une fois.

— …

— Chut ! Ce n’est pas drôle, Royal. Enfin si, un peu. Mhh, hum ! Monseigneur, encore navré. Mais nous prenons congé !

L’homme claque alors des doigts, et le vide reprend ses droits.



***



Quelque part, dans un lit, une main vint mollement gratter une joue et l’individu de marmonner encore à moitié assoupi :

« la paix… veux dormir moi. »

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2 Comments

15 days
Très chouette défi, et très original ! C'est sûr que c'est pas commun de discuter avec un oiseau ahah. La scène est très drôle, j'ai beaucoup aimé le travail sur le dialogue également, ou le non-dialogue, et le truc des images mentales, c'est chouette ! Défi complètement relevé :D
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15 days
Merci, j'étais pas trop sur de savoir si ça serais sympa à lire ou non
si c'est chouette alors tant mieux, ça fait ma journée :)

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Et pour les curieux, les personnages font tous parti de mon histoire en cours, si vous arrivez à digérer et à survivre au chap1 qui je sais, est un peu heuu mastoc, le reste devrais vous plaire !
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